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Isabelle Southgate est une artiste céramiste franco-britannique. Fille de marin, elle a grandi à Brighton, dont elle a arpenté le littoral. Aujourd’hui, elle vit et travaille en Normandie. Si les emblématiques falaises baptisées « Seven Sisters » se sont imprimées dans son imaginaire et ont marqué d’un sceau ses souvenirs d’enfance, elles entrent aussi en résonance avec celles de Varengeville-sur-Mer, au pied desquelles elle aime se promener. L’occasion dans ce décor unique d’observer les plis, les failles que le temps imprime sur des blocs de craie, attestant à la fois de leur lointaine origine et de leur touchante fragilité. En proie à l’érosion, travaillées par la nature, le temps et les intempéries, ces falaises, certes majestueuses et imposantes, se révèlent aussi vulnérables et friables. Des blocs qui portent en eux la marque d’une possible disparition, d’un équilibre précaire, tant les interstices qu’ils dévoilent nous ouvrent sur une certaine béance, un gouffre, qu’il nous appartient de remplir en y versant nos émotions, nos perceptions. Ce sont ces stigmates, ces fissures, ces fentes que l’artiste aime représenter. C’est dans les interstices que se cachent nos vérités, dans les fractures que se dessinent nos chemins intimes. 

 

Isabelle Southgate sonde la matière, s’y confronte, la manipule, la transforme pour exhiber la profondeur des matériaux explorés. C’est dans un face-à-face physique avec son bloc que l’artiste accomplit une sorte de voyage au centre de la terre, une plongée dans les entrailles de la roche qu’elle veut révéler. Elle procède par étapes, creusant son bloc, prélevant, ôtant pour aller plus loin et dialoguer avec ces trésors ancestraux, recélant mystères et énigmes, révélant les stigmates.

 

Du paysage naturel au territoire intérieur, il n’y a qu’un pas. Encore une histoire de glissement, de failles. Les pièces de la céramiste racontent une histoire du temps, celle du monde, mais aussi celle de chaque humain, dont la destinée est faite de fêlures, de traces, de cicatrices. Chaque sculpture essaie de capturer cette fuite, ce passage, ces étapes et transitions qui sont l’histoire de nos vies. Tantôt brutes, tantôt brillantes, les œuvres explorent des territoires, où apparences et profondeurs de la matière se rencontrent. Terres noires et terres blanches sont sollicitées, travaillées, cuites ou livrées à leur propre évolution. Terre noire chamottée, figée par un geste final, une patine. Terre blanche gardée à l’état brut, libre, soumise au travail du temps. 

© 2026 Isabelle Southgate / © photos Alexandre Petzold & Isabelle Southgate

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